La lettre de Pierre-Marie     
                      JUIN 08
 

lundi 21 avril 2008


LES VISITEURS DU SOIR


Il arrive que certaines de vos relations sachant que vous « faites du train » insistent tellement pour voir votre réseau qu’un beau jour rendez-vous est pris.

La veille, par précaution une inspection générale de la voie et du matériel s’impose. Dans mon cas les trains roulant tous les jours je n’ai « en principe » que peu de craintes pour le fonctionnement. Toutefois pour être sûr que la démonstration soit probante les rames de voyageurs vicieuses sont sournoisement garées comme sont écartés les convois de wagons de marchandises à la composition hétéroclite et potentiellement peu sûre. En revanche il m’est arrivé de laisser tel quel la dizaine de trains qui avait tourné la veille pendant quelques heures avec un fonctionnement digne d’une montre suisse. Mais tout cela ne vous met jamais à l’abri d’un loupé magistral, d’un fiasco calamiteux.

Pas d’euphorie prématurée, restons humbles !


En cas d’ennuis les amateurs avertis sont toujours compréhensifs, en revanche la partie n’est pas gagnée avec les « béotiens » parfois accompagnés d’enfants. Il vous faudra répondre à des questions parfois aussi sottes que grenues, du genre : il n’y a pas de TGV, tout en surveillant à la fois les mains enfantines baladeuses et la marche des trains.

C’est à ce moment précis que votre train irréprochable va dérailler alors que depuis un an vous ne l’aviez jamais pris en défaut, ou c’est un train de marchandises qui ne veut pas démarrer alors que le signal est passé à voie libre. Comme les pannes sont toujours en cascade, une fois le premier train remis sur rails, le suivant va se coucher sur la voie au même endroit parce que votre manche aura fait tomber par inadvertance un arbre sur la voie lors du relevage. Je n’exagère pas. Nous avons tous vécu ces situations dégradées et honteuses sous les sourires narquois des spectateurs. Pendant ce temps certains enfants touchent à tout, mettent le doigt au passage du train ou veulent attraper Monsieur Preiser sur le quai alors que ses pieds sont collés dessus. Je ne parle pas du PN qui marche depuis 10 ans et qui choisit ce jour là pour s’enrayer. Bref tout est possible, même le vol ! Au bout d’un certain temps lassé par tant de pépins on hésite à lâcher d’autres trains. Dès lors mieux vaut la jouer « petit bras » et faire rouler un autorail et sa remorque qu’un long convoi.

Deux histoires me reviennent en mémoire. Un jour à la fin d’un dîner on me demanda à voir le réseau. Au cours de la démonstration un des convives trouva intelligent de mettre son doigt sur la voie pour voir un déraillement. Ma 242 AT-PLM Fulgurex exceptionnellement en tête d’un train mais oubliée sous un tunnel alors qu’elle était toujours en vitrine faillit faire les frais de l’imbécile. J’arrêtai là la séance et cette personne de 55 ans ne remis jamais les pieds chez moi.

J’avais un collègue dont la petite amie, institutrice en CP, voulait montrer à ses élèves « des trains qui roulent ». Je me suis laissé fléchir à contrecœur et un jour une quinzaine de gamins dûment chapitrés assistèrent au spectacle pendant une heure. La maîtresse leur avait fait de telles recommandations qu’aucun enfant ne mit les doigts où il ne fallait pas et certains même posèrent des questions !

Une visite est toujours une aventure, ça peut être la panne générale de courant EDF (histoire vécue avec André) ou le train de citernes d’un ami, long de quatre mètres avec deux 6500 dont une Maurienne en pousse qui tourna tout un après midi sans problème. Quinze jours après revenant chez lui on fit repartir ce train, le charme était rompu, il dérailla, perdit des wagons, d’autres tombèrent et j’en oublie.

On peut avoir un réseau parfaitement au point, on n’est jamais à l’abri de l’impondérable et nous avons tous vécu ces moments minables et déshonorants qui disparaissent comme par enchantement une fois repartis les spectateurs faussement compatissants.
Il y a vraiment des après-midi pourris.   

                                                                                                                                                         PIERRE MARIE  FILLOUX

 



 
 
 
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