La lettre de Pierre-Marie     
             SEPTEMBRE 08

vendredi 8 août 2008

AUX PN, CA PASSE OU SA CASSE !

La fermeture des barrières d’un passage à niveau devant le capot de ma voiture m’a toujours rempli d’aise. Beaucoup d’entre vous me comprendront, d’autres pas. Tant pis.

Comme bien des enfants cet endroit m’a fasciné et pourtant je suis né dans un petit village sans trains ni voies bien qu’il y eut deux gares, l’une en face de l’autre ! Toutes activités avaient disparu dès 1934. Il y avait de quoi m’étonner d’autant que selon mon père à la sortie sud des gares les deux réseaux se croisaient sur la route, l’un en traction vapeur allait de Blois à St Aignan-Noyers et l’autre en traction électrique venant de Blois par un autre itinéraire allait à Selles sur Cher. Il devait y avoir des barrières, le premier réseau étant une concession du PO, donc plus chemin de fer que tramway.

Dès l’apparition des trains jouets le PN a occupé une place de choix. Il y avait ceux de Hornby, Jep, LR, Märklin. Le mouvement brutal des barrières ressemblait à celui de la guillotine. Aucun d’eux n’avait de passage planchéié entre les trois rails. Les Dinky Toys cahotaient lamentablement dessus à notre grand désespoir. Il faudra attendre le bricolage d’un cousin ingénieux et un peu plus âgé pour que ce défaut disparaisse. Actuellement les PN des réseaux HO des expositions restent désespérément inertes ! Nullissime.

Je reste pantois devant les accidents de la route à un PN et il faut avouer que la cadence ne faiblit pas, loin s’en faut. Au de là de la triste perte de vies humaines en cet endroit réputé dangereux, au-delà de la compassion que l’on peut éprouver pour les familles des disparus on est en droit de s’interroger sur ces accidents qui auraient pu pour la plus part être évités.

Nous ne sommes plus au temps où parfois le ou la garde barrière s’endormait avec les barrières levées, l’automobiliste devenait alors la victime innocente d’une erreur humaine patente.

Les PN actuels dans leur immense majorité sont munies de barrières automatiques simples ou doubles, de feux routiers et d’un avertisseur sonore. Ils sont signalés aux automobilistes par un signal routier avancé bien connu, situé entre 100 et 200 m en avant, suivi par trois mirlitons à 3 bandes obliques rouges, 2, puis une. Rappelons le protocole. Dès qu’un train déclenche l’annonce, il s’écoule environ 30 secondes avant son passage. Tout d’abord les feux routiers s’allument en clignotant et le signal retentit. Sept secondes après les deux demi barrières s’abaissent en une petite dizaine de secondes et la sonnerie s’arrête. Dans le cas de quatre demi-barrières, les deux demi-barrières « d’entrée » s’abaissent. Une fois fermées, les deux demi-barrières de « sortie » vont s’abaisser à leur tour ou après une temporisation si le PN est particulièrement large. De telle sorte qu’une voiture ne peut rester prisonnière des quatre demi-barrières. En cas de panne d’un PN automatique un système à gravité fait retomber les barrières.

Il est curieux de constater que les médias ne précisent jamais qu’il s’agit d’un accident de la route par non respect de la signalisation routière. On invoquerait presque le train comme responsable.

Ecartons tout de suite les accidents dus au transport exceptionnel dont l’itinéraire est donné par la DDE et signalé à la SNCF. Si le convoi est immobilisé sur des voies par le dévers de la courbe c’est qu’il ne devait pas passer par là.

On recrute ces victimes aussi bien parmi les « trompe la mort », jeunes pour la plus part, inconscients du danger pourtant mille fois répétés (Jeune, on se croit immortel) que dans les autres tranches d’âges ! Beaucoup d’accidents ont lieu non loin du domicile ou sur le trajet du travail. Il y a ceux qui par habitude sont passés une ou deux fois ric-rac et qui s’enhardissent jusqu’au jour où … Il y a celui qui chaque matin est en retard au travail et qui prend alors tous les risques. On peut le constater partout. De façon inexplicable le conducteur du car scolaire censé avoir vu tous les signaux routiers fait partie de ce triste bilan. Il y a la personne âgée

aux réactions imprévisibles qui panique, raptus, hiatus ? Il y a quelques années dans l’Aveyron un train est même rentré dans les ordres*.

On ne peut pas dire que les conducteurs soient pris par surprise puisqu’ils ont tous vu successivement sous leurs yeux la théorie des signaux énoncés plus haut. Doit-on évoquer, sans rire le soleil rasant qui éblouit à midi ou plus sérieusement la distraction, les conditions climatiques, la topographie, etc. Je crois surtout qu’il y a chez certains un sentiment inconscient d’habitude, de transgression, de permissivité et d’incivilité comme on le voit à un feu rouge, à un Stop, lors d’une baignade malgré le drapeau rouge, lors de l’escalade du toit d’un wagon sous caténaire 25 kV malgré les pancartes de mise en garde ou lors de la pratique du ski hors piste malgré la météo annoncée défavorable. Une sorte de roulette russe moderne !

Il m’est arrivé une seule fois de franchir les demi-barrières fermées dans des conditions particulières. Après le passage d’un X 2800 qui montait vers le col de Lus-la-Croix Haute, les barrières sont restées abaissées devant moi comme j’allais vers Aspres sur Buech. Il ne pouvait y avoir d’autre circulation montante, la vue en aval était dégagée sur 2 km et le X 2800 continuait plus haut à 300 m sur cette voie unique….

  

Les Suédois tentent actuellement un système de préannonce qui aurait déjà réduit le nombre d’accidents mais pour combien de temps ? Les ponts ou les souterrains sont évidemment la vraie solution mais à quel prix**

Que peut-il se passer dans la tête de ces conducteurs de l’extrême ? Les morts ne parlent pas. Ayons une pensée également pour le mécano qui dans sa cabine assiste à «  l’exploit » qui va peut-être lui coûter la vie.

                                                                         PIERRE MARIE  FILLOUX


* Cardinal François Marty mort le 16 février 1994.


** On pourrait équiper certains PN dangereux de caméras ultra sensibles qui ne se déclencheraient qu’à l’approche d’un train une fois le processus d’annonce activé. Ainsi la plaque d’immatriculation de l’inconscient serait relevée et les poursuites judiciaires suivraient logiquement. La CNIL n’aurait rien à dire.




 
 
 
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