La lettre de Pierre-Marie     
 JANVIER  08

MECOMPTES DE NOËL

                                                      

Nous sommes à quelques jours du Nouvel An. Epoque désastreuse où notre organisme a supporté plus ou moins vaillamment le réveillon de Noël et le déjeuner du lendemain. Pour certains une huître pas trop fraiche a ruiné leurs intestins, pour d’autres le mélange des vins leur a installé une barre frontale en ciment et pour les enfants c’est une énorme indigestion de crottes en chocolat qui a réveillé les parents les nuits suivantes. Nous avons tous vécu ça au moins une fois à cet époque là avec la rechute prévisible et cataclysmique due au second réveillon !

A mon grand désespoir lorsque j’étais en enfant je n’ai jamais vu de neige à Noël. Je le regrette encore mais il est vrai que c’était la guerre, l’armée allemande l’avait emportée avec elle à Stalingrad. C’est pourtant à cette sombre époque que le Père Noël nous a gratifiés, mes frères et moi, d’un train électrique. Ce qui pouvait passer pour parfaitement incongru en ces temps de pénurie mais notre père, comme beaucoup de nouveaux pères, l’avait acheté avant guerre alors que j’avais à peine deux ans !

Ce fameux train hétéroclite était resté depuis en haut d’une armoire. Il était constitué d’une locomotive Hornby de type 020 de couleur verte, de deux grandes voitures Jep marron et crème à bogies et du wagon postal rouge assorti. C’était hier. En rentrant dans la pièce la loco tournait seule autour du sapin éclairé par quelques bougies dégoulinantes et décoré de pommes et de noix enrubannées à défaut d’oranges et de chocolats. Le Père Noël* ignorait que les attelages étaient incompatibles et les rails courbes bien trop serrés pour les voitures JEP. Nous avons passé la journée et les jours suivants à plat ventre à pousser tant bien que mal les wagons sans la loco et vis-versa. Je l’ai toujours et elle a tellement roulé que son frotteur est troué. Un grand et beau souvenir.

Ce no man’s land festif souvent calamiteux pour la santé était une période que nous ne prisions pas trop depuis la Communale. Il fallait faire les cartes de vœux aux oncles, tantes, parrains, marraines et amis proches. Nous avions un argument que nous croyions imparable <<Pourquoi écrire sur les cartes puisque c’est déjà dessus en lettres pailletées>>. Hélas nous accomplissions sous la menace ce pensum de banalités de circonstance assorti d’une bonne engueulade et parfois d’une claque maternelle lors de la correction des fautes d’orthographe.
Maintenant que nous sommes sur la pente savonneuse, nos correspondants de la première heure ne nous causent plus ces tracas. Ils ont disparu et habitent sans doute chez le Père Noël. La tradition des cartes de vœux se perd si on en juge par leur raréfaction dans les kiosques et les librairies. Il en existe toujours quelques unes très belles et très chères. A l’heure du téléphone, des SMS et du Net elles sont un peu délaissées. Je me suis toujours demandé pourquoi achetait-on un choix de cartes de vœux différentes. Un seul modèle suffirait. On ne les garde pas et elles sont adressées à des personnes différentes qui ne les compareront jamais.
Fini aussi le temps ancien où on allait le 1er Janvier chez son patron déposer sa carte de visite dans une corbeille.

         

Je crois que notre subconscient nous pousse à écrire ces cartes, histoire de conjurer les horreurs qui ne manqueraient pas de se produire dans l’année à venir si d’aventure on ne le faisait pas. C’est sûr les vœux ne nous empêcheront pas de nous tuer en rentrant du Réveillon ou de mourir dans un naufrage l’été suivant, de finir incontinent à l’hôpital ou de nous réveiller mort un beau matin. Il nous est arrivé personnellement de souhaiter une bonne santé à un être cher dont nous savions l’espérance de vie réduite à un mois. Dans le genre tartuffe et inefficace on ne fait pas mieux.

Ce constat qui peut paraître sombre mais bien réel ne va pas m’empêcher de vous souhaiter une Bonne et Heureuse Année. Négociez prudemment en 2009 chacun des virages de la vie quotidienne et tout ira bien. Que la Crise ne se fasse pas trop sentir. Fermez les yeux et les oreilles pour ne pas subir les medias qui en rajoutent une louche à la moindre occasion pour nous faire peur.

Essayez de rester en bonne SANTE, c’est l’essentiel et le moteur de tout le reste.

Bonne année 2009 et à l’année prochaine.


* Je n’y crois plus depuis peu.

        

                                            PIERRE MARIE  FILLOUX

 

 
 
 
Retour 
Suivant