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PHOTOGRAPHES
FERROVIAIRES D’ANTAN, D’HIER ET LA N.G
Jusque dans le milieu des années 70 les kiosques de gare n’étaient guère pourvus en revues ferroviaires et les rares livres traitant du sujet ne se trouvaient que dans peu de librairies des très grandes villes. On se contentait alors de la Vie du Rail, des numéros spéciaux de Sciences et Vie et d’une douzaine de livres dont un d’un éditeur britannique* dont les légendes des photos françaises étaient rédigées en Anglais ! Il faudra attendre la fin de la décennie pour constater une augmentation importante des parutions. Inutile de dire que l’immense majorité des clichés était en noir et blanc. Un esprit attentif pouvait relever sous chaque photo selon l’usage, le nom du photographe qui au cours des années de lecture allait lui devenir familier et incontournable : Félix Fenino, Floquet, Broncard, Mertens, Vilain, Archives, Hermann, Fohanno et quelques autres. Par la suite d’autres photographes arrivèrent lors de la disparition de la Vapeur avec des photos en couleur, Poggi, Dahlström, Porcher et j’en oublie. Ces excellents photographes ont fait paraître par le biais de la Vie du Rail, de beaux livres véritables mines de renseignements pour celui qui a le courage de chercher dans ce passé à jamais révolu. Les plus anciens d’entre eux ont plié définitivement leur appareil à soufflet. Leur fond photographique semble à jamais enfoui avec eux ou chez quelques collectionneurs maniaques qui en ont fait sans doute des confitures au lieu de les publier. Etaient-ils les seuls à photographier ? Bien sûr que non. Les appareils classiques du commerce permettaient à quelques mordus d’imiter les Anglais et les Allemands, champions du genre. Ces photographes amateurs français n’exerçaient leur passion que timidement presque en catimini sur les ponts, le long des voies ou furtivement dans les emprises des gares après autorisation et parfois au cours de voyages associatifs. Dans certains de ces voyages ils s’attiraient parfois des remarques désobligeantes comme si le monde ferroviaire était un domaine réservé à une élite restreinte avertie, seule capable de comprendre les mystères d’un freinage par récupération ! Les clichés de ces « amateurs humbles mais passionnés» n’ont jamais eu les honneurs des parutions spécialisées et pourtant ça photographiait ferme à pleins rouleaux et ça se voyait. Des tas de photos pâlies dorment inutilisées dans des placards. Pourquoi cet ostracisme ? Cela demeure un mystère pour moi** et quelques autres.
Le « boom » du Numérique a éliminer l’Argentique. C’est désormais l’occasion pour tout un chacun de se lâcher sans retenue avec plus ou moins de bonheur, le WEB permettant à ces petits Cartier-Bresson du Rail de s’exprimer à profusion et de normaliser ce qui était, semble-t-il, le pré carré de quelques uns et c’est tant mieux. Désormais le nombre de sites ferroviaires connaît une croissance exponentielle de par le monde. C’est la vie des trains au quotidien, avec des images paraissant dans l’heure. Elles sont parfois superbes, d’autrefois nettement moins réussies, anodines ou franchement…. moches. Dans cette nouvelle confrérie, entre initiés on ne parle plus que de « j’ai shooté avec mon APN, j’ai spotté, j’ai mis un post », abréviations et anglicismes à la limite du ridicule quand on sait que le commentaire qui accompagne le cliché est émaillé de fautes d’orthographes que n’aurait pas faites il y a trente ans un élève de sixième. Encore un petit effort et on lira sur les photos à la manière des artistes hollywoodiens ou des stars du X la signature de l’auteur sous un pseudo anglais. Pourquoi ? Parce que la plus part de ces photographes revendiquent légitimement mais exagérément la paternité de leurs « œuvres ». Au lieu de se contenter d’apposer discrètement des initiales dans un coin comme les peintres on voit de plus en plus les noms et prénoms s’afficher en lettres de feu énormes et envahissantes comme de véritables placards publicitaires gâchant le cliché. Leur clignotement est sans doute pour demain. Est-ce à des fins mercantiles, pour la soif des honneurs, la célébrité ou la reconnaissance du talent ? Je ne saurais trop le dire mais certainement un peut de tout cela. C’est ridicule et du plus mauvais goût mais il paraît que c’est général partout comme disait les concierges qui ne manquaient pas d’avidité. Mon pauvre Mario, le désintéressement n’est plus de ce monde ! On finira par voir des paparazzi de gare s’embusquer à un PN dangereux dans l’espoir d’avoir le carambolage du siècle dans la carte mémoire comme certains le font déjà, à l’affut en bout de piste des aéroports au cas où…. ! Avec le Numérique tout le monde mitraille à tout va depuis le touriste du dimanche devant une locomotive d’un train touristique, mettant un temps infini à prendre bobonne béate entourée de sa marmaille apeurée jusqu’au véritable amateur qui à préparé son coup avec repérage des lieux, cadrage soigneux pour saisir « son train » en vitesse à l’heure dite mais à condition qu’il ne soit pas annulé ou que le temps de déclenchement de la merveille numérique ne soit pas trop long ! La photographie a fait sa révolution avec ses bons et mauvais cotés. On est passé du professionnalisme bon teint à l’exhibitionnisme. C’est un phénomène de société.
Si je vous ai embêté avec mes propos désabusés je vous en demande Depardon.
PIERRE
MARIE FILLOUX
* French Steam de Broncard et Fenino, Editions Ian Allen ** L’auteur de ces lignes est d’autant plus à l’aise pour en parler qu’il est « caméscopeur |