"Les avantages du  programme commun" !

 
Nous n’avons pas toujours été de paisibles retraités et il ne faut pas croire que la passion d’André pour les trains, aussi dévorante soit-elle, ait empiété de façon irrésistible sur notre vie familiale quotidienne. On peut toujours tirer profit d’une conjoncture, même si elle est due à  la décision d’un autre...


Le Musée de Pithiviers -1976-
Je me souviens de cette fameuse incursion en Allemagne, au début des années 70, avec nos deux fils alors âgés de 4 et 7 ans. Le but avoué de la manoeuvre était d’assister aux dernières évolutions des locomotives à vapeur dans leur milieu naturel... C’était à Tübingen . Ce fut l’occasion de traverser la France de Sud-Ouest en Nord-Est, et pour les enfants de faire le plein de sensations, d’émotions et de découvertes... 

 

 
Surprenant et interminable voyage  en voiture, tourisme étourdissant dans les sites les plus intéressants, balades animées dans les Vosges, visite féerique du Musée du Chemin de Fer à Mulhouse, excitantes péripéties du camping, découverte étonnante d’une langue étrangère, et enfin contemplation ébahie de ces formidables bêtes humaines...Imaginez-nous, tous les quatre, sur la passerelle enjambant le dépôt de la gare de Tübingen : André, caméra au poing, et moi, le sac en bandoulière, tenant fermement les petites mains de mes deux garçons...Un train est annoncé .Tout d’abord un bruit confus est perçu au loin, puis il s’amplifie pour devenir une sorte de ronronnement encore assez rassurant. La minute suivante, c’est un vrombissement sauvage et retentissant.

Une BR 050  au Dépôt de Tübingen -1973-

Une BR 050  au Dépôt de Tübingen -1973-
J’avoue qu’une peur paralysante me cloue au sol et je serre les petites mains de toutes mes forces...Le train arrive dans un nuage de fumée, la locomotive avale la voie et fonce tonitruante sous nos pieds. La passerelle vibre, le bruit est assourdissant, la fumée nous submerge, André filme, les enfants rient nerveusement, ces quelques secondes me paraissent des heures. Aujourd’hui encore, après  plus de 35 ans, le souvenir de cet instant est encore très présent à mon esprit. André a pu amasser des documents sonores et filmés. Notre fils aîné peut se vanter d’avoir vu une locomotive à vapeur dans l’exercice de ses fonctionsen service régulier. Quant au plus jeune, il ne se souvient de rien. Trop effrayé, sans doute, il a occulté ce souvenir...

         Je me rappelle aussi les périodes passées dans moult gares, dans le but d’enrichir la vidéothèque et l’audiothèque en données ferroviaires. Un ticket de quai suffisait pour nous faire vivre une excellente journée,  comme entre parenthèses, dépaysante à souhait. J’achetais des sandwichs au buffet, des livres au kiosque pour les enfants et pour moi et nous nous installions sur un banc, bercés par les annonces et par le mouvement des voyageurs. C’était une sorte de croisière dans le temps et dans l’espace, ou un rêve éveillé. Nous étions entre deux mondes : l’univers du roman et celui des voyages. Il m’arrivait parfois d’oublier dans quelle ville nous étions. Mais le monde réel finissait toujours par nous rattraper et nous rentrions aussi heureux que si nous avions passé la journée à explorer le monde.
Sur la passerelle à Brive la Gaillarde -1970-


Sur la rampe du St Gothard, depuis l'église de Wassen - 1995-
         Je pense également à ce merveilleux périple en Suisse avec d’excellents amis. C’était en camping-car et une cordiale complicité est absolument indispensable entre les protagonistes étant donné l’espace restreint du véhicule...Mais les splendides paysages suisses parsemés de trains furent un trait d’union extraordinaire entre nous. Certes, nous avons vu des trains, des gares mais aussi des montagnes, des lacs, des rivières, des cascades, des chalets, des châteaux, des églises.Nous avons arpenté la campagne (tout en longeant la voie ferrée...), nous avons traversé un lac en barque, nous avons visité des villes, nous avons rencontré des gens, nous avons parlé, nous avons ri, nous avons essuyé un orage mémorable, nous avons subi un éclatement de pneu,  mais toujours dans la bonne humeur...
   

L’exposition ferroviaire de Saint Grégoire m’a donné l’opportunité d’aller visiter le château de Combourg, celle de Nantes m’a permis de découvrir sa ville. J’ai connu Caen à l’occasion d’une visite du Club de modelistes. Les gares des Aubrais, de Saint-Pierre-des-Corps, de Perrache sont certes intéressantes, mais j’ai beaucoup aimé la cathédrale d’Orléans, les vieux quartiers de Tours, le Lyon romain... J’ai apprécié les petites expéditions en trains touristiques : Tournon-Lamastre, Chinon-Richelieu, Pithiviers, Guitres, Bligny sur Ouche...mais j’en ai profité pour visiter le Vercors, les châteaux de la Loire, la ville de Dijon et son lac Kir... C’est grâce au train touristique de Pont-Audemer, que nous avons assisté à “la fête à la Crevette”, avec de très bons amis, à Honfleur. 
Dans le regretté train touristique de Pont-Audemer -2003-

La Rhune -1974-
--Et quel merveilleux souvenir que l’ascension de la Rhune, à pieds, avec les enfants, tandis que le petit train nous suivait, nous doublait, nous croisait...

   
La passion du train nous a également rapprochés des personnes et nous a permis d’élargir notre cercle d’amis à tel point qu’ à deux ou trois exceptions près, ce cercle est essentiellement ferroviphile...

                      Et  voilà comment quarante années s’écoulent, comme sur des rails...

                     Si on accepte de se pencher sur les centres d’intérêt des autres, on trouve forcément des contreparties attrayantes. Cependant il peut arriver que des négociations s’engagent car, bien entendu, la décision ultime du programme commun ne doit pas être toujours dévolue à la même personne!...Le maître mot en la circonstance est : “équilibre”...

L'exposition très réussie de St Grégoire -2005-


 


 
 
 
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